Comment j'ai rencontré l'homme de ma vie en vivant de ma passion.

Ce blog de cuisine, je l'avais créé par passion pour les goûts et les saveurs bien sûr. Une passion cultivée dès le plus jeune âge, quand je notais sur des cahiers d'écolière les recettes de ma grand-mère. Mais ce blog était aussi né de ma crainte du désœuvrement après une grande déception amoureuse.

Il remplissait bien sa fonction, et le soir mes heures s'égrenaient à mettre en scène de façon ludique et claire mes savoirs de fourneaux.

Et puis un jour, il y eut un premier message. Il s'appelait Luigi, et contestait avec beaucoup d'humour ma recette des Linguiniallevongole, déclarant que sa grand mère les préparait avec de l'origan, et que tout autre manière de faire était une insulte à sa mémoire. Les mots étaient choisis, le style agréable et clair. Je lui proposai d'ajouter sa recette à la mienne sur le blog, il accepta.

A partir de ce jour, il intervint régulièrement, mais toujours avec cet humour joyeux qui était sa signature. Il valorisait les mets peu coûteux, pouvait s'enflammer pour la façon de réaliser une sauce tomate, et puis il était tellement italien dans la phrase comme dans le côté méditerranéen de la cuisine qu'il aimait que cela me touchait.

Il commença à y avoir de la saveur dans nos échanges, de ma complicité, puis presque une intimité. Certes je ne savais de lui que son âge, qui était le mien, sa grand-mère napolitaine, et puis sa fonction d'ingénieur du son, depuis qu'il avait posté sur mon blog des recettes faciles pour l'apéritif en indiquant quand elles lui avaient servi. Mais l'application qu'il mettait dans nos échanges commençait à faire naître en moi un certain trouble.

Un trouble qui se confirma quand Julie (c'est moi) resta toute une semaine sans message de Luigi. J’ouvrais mon blog quinze fois par jour, je n'étais plus capable d'écrire des recettes que je connaissais par cœur, mes amies me trouvaient de mauvaise humeur. Quelque chose était en train de se passer. Et au fond de moi je me disais que je ne lui avais jamais donné de raison de croire qu'il m'intéressait. Lui connaissait ma photo, avec tablier certes, mais plutôt sexy quand même. Je ne savais même pas à quoi il ressemblait. Et ne le saurais peut-être jamais.

Le lundi matin, je ressentis une décharge d'adrénaline quand je vis qu'il avait posté un nouveau message. Il avait été en Sardaigne chez une lointaine cousine qui conservait depuis neuf générations un trésor culinaire oublié qu'il ne tarderait pas à me faire connaître.

Je lui répondis en lui donnant mon adresse sur un célèbre réseau social, et donc en lui dévoilant mon nom de famille. Quinze minutes plus tard, j'étais sur son profil, et moi qui n'avais jamais cru à la rencontre en ligne, je découvrais un homme svelte à la peau mate, avec un beau sourire, une passion pour les romans de Pierre Loti, un goût prononcé pour la Fée Clochette, des pommettes un peu saillantes, et une connaissance sans faille du cinéma italien.

Notre correspondance plus approfondie, parfois un peu coquine, fut un vrai délice, et un moins plus tard il était sur mon palier, avec des figues cuites dans un caramel aux framboises, agrémentées d'un sablé, sur un plateau. Et il me déclarait : « Je viens pour une demande en mariage, mademoiselle Julie ».

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